L’île isolée de Sabourin Costes à la Villa Médicis

Écrit par Marine Mimouni

Photographie par Mathilde Hiley pour lateral

En juin dernier, le duo Sabourin Costes levait le voile sur Isola, une chambre imaginée dans le cadre de l’initiative « Réenchanter la Villa Médicis » à Rome. Dès l’entrée, son nom prend tout son sens. Signifiant « île » en italien, Isola se présente comme un havre suspendu au cœur de la villa romaine, invitant à la contemplation. Tel était d’ailleurs le désir initial de Paola Sabourin et Zoé Costes : échapper à l’agitation urbaine pour se blottir dans un cocon intimiste. Et c’est un fait. À peine le seuil franchi, l’atmosphère enveloppante s’impose, comme si l’on entrait dans une maison de vacances où il fait bon de poser ses affaires et savourer l’instant. 

C’est en explorant les cinq autres chambres finalistes, que l’on prend pleinement conscience de la recherche architecturale de celle menée par Sabourin Costes. Une générosité que l’on retrouve également sous leur casquette de designer. Ici, le bien-être des hôtes prime et leur art n’est pas mis en avant au détriment du confort. 

Pour donner corps à cette vision, les créatives se sont également associées aux ébénistes Paul Mazet et Fantin Mayer-Peraldi, fondateurs de l’atelier Estampilles 52, à l’origine de la réalisation du mobilier et de l’escalier sur mesure en mélèze massif présent dans la chambre.

Ce bois résineux italien, réputé pour son caractère imputrescible, trouve tout son sens lorsqu’on observe les arbres environnants. Ceux du jardin, mais aussi ceux du parc, visibles au loin depuis la fenêtre. « Collaborer avec des ébénistes a profondément enrichi notre démarche. Leur savoir-faire nous a guidés vers de nouvelles directions architecturales, renforçant la cohérence de notre projet » confient Paola et Zoé.

 Ideal Work et ID Instinctif Design ont soutenu le projet en y apportant leur expertise des enduits à la chaux naturelle et leur application technique, offrant aux murs de la chambre une matérialité vivante et minérale. Ces revêtements font écho aux décors muraux réalisés par Balthus dans les années 1960, réinterprétant subtilement cet héritage pictural.

Une chambre pensée comme une résidence d’artiste

Avant de présenter Isola au concours, le duo Sabourin Costes imaginait les chambres de la Villa Médicis comme des espaces destinés à accueillir les artistes résidents. Une idée initiale qui s’est progressivement étoffée au fil du projet. Pourtant, cela se ressent, cette réflexion n’a jamais réellement quitté l’esprit des deux architectes d’intérieur. « Cette évolution nous a amenées à repenser en profondeur la notion même de résidence, ainsi que ce que l’on appelle “l’état de résidence” », confient-elles.

Pour nourrir cette réflexion, Paola et Zoé ont sollicité plusieurs amis artistes ayant eux-mêmes vécu diverses expériences de résidences artistiques ou de design. De ces échanges est ressortie une constante : la dualité entre l’isolement nécessaire au travail et le sentiment d’appartenance à une communauté, ancrée dans une ville vivante. Et c’est précisément cette sensation que le tandem a souhaité recréer à l’intérieur de leur chambre Isola

Pour ce faire, l’espace a été entièrement décloisonné pour créer un lieu propice à la créativité. En contournant la table en mélèze, agissant comme le véritable point d’ancrage de la chambre-appartement, le regard est attiré par l’assise rayée de la large banquette réalisée par leur partenaire Misia, pièce maîtresse du lieu.

L’ancienne cuisine, autrefois entourée de cloisons, et l’escalier architectural – réalisé par Estampille 52 – menant à la mezzanine ont été repensés pour libérer les volumes et élargir la perspective. Un aménagement révélant deux orientations. D’un côté, une vue apaisante sur les parcs, de l’autre, un panorama ouvert sur Rome. 

« Nous sommes conscientes que les meilleures idées ne naissent pas toujours derrière un bureau, mais souvent sous la douche, en cuisinant ou lors de moments de détente. Nous avons donc souhaité abolir les frontières entre les fonctions. Manger, travailler ou se reposer doivent pouvoir se faire dans un même espace », affirme Paola Sabourin.

Dans cet esprit, une salle de bain entièrement vitrée avait d’abord été imaginée pour traduire cette idée de « liberté ». Toutefois, il leur a été demandé de préserver l’intimité en la rendant opaque, la chambre pouvant accueillir jusqu’à quatre personnes. La salle de bain s’est donc discrètement glissée sous l’escalier sur mesure recouvert à la chaux naturelle et menant à la suite parentale.

« Nous avons également intégré notre “signature” en ajoutant des touches colorées, comme nos poignées en résine Boudin sur les portes de rangements sous l’escalier mais aussi sur nos appliques murales en bois enduites à la chaux. » S’il est une chose dont Paola et Zoé peuvent être fières, c’est que leur chambre Isola reflète pleinement leur vision initiale, tant dans son agencement que dans son esprit.