Article et photographies par Marine Mimouni
Maïté Seimetz s’est hissée parmi les dix finalistes de Design Parade – Objets cette année. Le 28 juin prochain, elle dévoilera au grand public sa première collection de mobilier, Let the Old Dead Make Room for the Young Dead . Un titre évocateur qui révèle d’emblée la dimension mystique et les questionnements qui traversent sa pratique, qu’elle développe depuis deux ans. À une semaine de sa présentation, l’artiste-designer nous a ouvert les portes de son atelier pour nous parler de ses objets et des raisons qui l’ont conduite à participer à ce festival majeur du sud de la France, malgré les turbulences qu’il a récemment connues.

Donner forme à l’inconscient
L’atelier de Maïté Seimetz, qu’elle partage avec d’autres créatifs, semble conçu comme un prolongement de son travail. Posés sur des étagères faisant face à son bureau, ses « gentle grotesque », comme elle les surnomme, semblent veiller sur elle. Des sculptures, plus que des objets, étranges certes, mais attendrissantes.
À l’image de son vase « Chien » dont la perception varie selon celui qui l’observe. Certains y voient un chien, d’autres un cochon. Un test de Rorschach grandeur nature, révélant autant l’objet ue l’état émotionnel de celui ou celle qui le regarde. Rien d’étonnant lorsque Maïté explique que sa pratique lui sert, entre autres, de thérapie. « C’est assez cathartique », ajoute-t-elle. Ses émotions les plus fortes influencent les formes qu’elle crée et, par extension, la manière dont ses objets prennent forme.

À la manière d’un patient qui, au sortir d’une séance chez le psychanalyste, consigne ses pensées dans un carnet pour prolonger le travail de l’inconscient ou garder trace des échanges, Seimetz déroule une feuille de papier calque d’un mètre de long et y couche ses croquis, ses associations d’idées et les premières intuitions qui accompagnent la conception de la rocking-chair, entre autres pièces, qu’elle présente à la Villa Noailles cet été.
Au fil du rouleau, sa pensée se déploie. Les formes apparaissent, bifurquent, se répondent et se remplacent, révélant peu à peu la genèse de l’objet. « Je dessine en mode automatique et je redessine très souvent la même silhouette. À un moment, j’arrive à quelque chose qui me plaît, puis je teste. Parfois, je redécouvre des formes que j’avais dessinées sans m’en souvenir » confie la designer.
L’usage relégué au second plan
Suivre une tendance n’est pas vraiment « son truc ». Ce qu’elle recherche, c’est avant tout une forme d’autonomie dans la conception de ses pièces, quitte à puiser ses références en dehors du champ du design. Déjà, lors de ses études d’architecture à la Bartlett School of Architecture (Londres), Maïté s’orientait vers une architecture expérimentale, attentive aux matériaux et nourrie de lectures théoriques et utopiques ainsi que de réflexions sur l’urbanisme.


« Les gargouilles et les éléments sculptés sur les bâtiments m’inspirent beaucoup. Quand je visite une nouvelle ville, j’aime observer l’architecture et les formes qu’on y trouve. Il y a souvent plein de petites étrangetés sur les bâtiments anciens. L’architecture continue de me parler énormément », confie-t-elle.
La fonctionnalité devient alors un outil de réflexion autour de différents concepts. Une série de questions émerge : qu’est-ce que l’objet ressent ? Comment réagit-il à son environnement ? Maïté part souvent d’idées paradoxales, comme celle d’une chaise sur laquelle on ne pourrait pas s’asseoir. L’objectif n’est pas de répondre à un usage mais de pratiquer avant tout la sculpture, qui, par extension, prend la forme d’objets de design. Une approche qui la distingue des autres finalistes de Design Parade – Objets, dont les propositions, bien que critiques, s’inscrivent davantage dans des codes plus attendus et dans les enseignements des écoles de design.
La mort comme processus de mutation
Originaire du Luxembourg, Maïté Seimetz connaît de réputation le festival Design Parade et décide, dès son installation à Paris, d’y déposer un dossier de candidature. Au départ, seule la D.E.D Armchair devait être présentée – l’objet soumis lors de sa candidature. Mais au fil des mois, Maïté imagine d’autres pièces, notamment un vase et une lampe zébrée initialement non prévues. En apprenant qu’elle pouvait présenter entre trois et sept pièces pour le concours, elle propose à la Villa Noailles un ensemble plus large, incluant notamment une rocking-chair. D’abord réticente, l’équipe finit par accepter, en adaptant la scénographie pour l’intégrer.

Le projet Let the Old Dead Make Room for the Young Dead (Que les vieux morts fassent place aux jeunes morts) prend ainsi forme et explore un jeu autour de la mort et de la réincarnation, l’ensemble des pièces étant réalisé à partir de filament de bois, imprimé en 3D. « Je joue sur les couches d’impression et leurs variations. J’ai développé plusieurs versions, les stries changent d’un modèle à l’autre. Je travaille des bois plus clairs et plus foncés, dans un effet qui rappelle le contreplaqué. L’esthétique reste proche du bois, tout en conservant les spécificités de l’impression 3D. »


Initialement, cette technique, pensée pour la modélisation, ne possède pas de fonction structurelle. Pour sa rocking-chair, la designer a donc entièrement retravaillé ses composantes afin qu’elles deviennent porteuses, en ajoutant une structure interne cachée. Des barres métalliques viennent s’insérer dans les modules, comme dans un système d’assemblage, afin d’assurer la tenue de l’ensemble. Certaines pièces sont collées à l’époxy, d’autres vissées, avec des têtes de vis intégrées dans la structure.
À travers Let the Old Dead Make Room for the Young Dead, Maïté Seimetz compose un ensemble d’objets où la disparition n’est jamais une fin mais un principe de transformation. Une manière d’interroger ce qui subsiste, ce qui se transmet et ce qui renaît, au moment même où une nouvelle génération de designers cherche à faire sa place.
